Il en aura fallut des horreurs, des troubles, des dépressions, des meurtres et du flicage pour que notre vieil ennemi, l’état capitaliste, nous fasse regretter jusqu’à la démocratie bourgeoise, ce souvenir pas si lointain. D’aucuns qui hier encore trouvaient excessif le slogan  » le régime ne tient plus que par sa police » doivent à présent avouer qu’il est en deçà du réel

La police est devenue le régime.

Il y avait cette fiction qui depuis deux siècles donnait un peu de légitimité à la démocratie bourgeoise : la fiction du droit et du parlement, de la séparation des pouvoirs et de la représentation. Mais ce conte s’est achevé pour laisser place à un mythe nouveau.
Toutes les démocraties sont devenues illibérales.
La distanciation sociale donne à présent la trame de cette dystopie. La peur et l’espoir en sont les affects principaux.
La peur et l’espoir comme affects obligatoires.
Cette vieille épouse qu’est la mort vient nous rappeler les raisons de nos peurs. De nos peurs enfuies. La crainte d’un anéantissement total. D’un néant à venir. Placarder partout le nom du fléau. Transformer le monde en salle d’hôpital. Aseptiser sa vie. Son « chez soi ». S’adonner à l’endoflicage. A l’autodélation. Au tracing.
Le vieux rêve de la société de contrôle est sur le point d’être atteint. L’opacité sera bientôt un souvenir. Le fait d’une ancienne civilisation des mœurs que l’on aurait quitté par progrès, par sécurité. La publicité devenue mode éthique de l’existence se joint à la géolocalisation.
L’auto géolocalisation permanente.
Mais l’espoir couve. Et c’est lui que l’on applaudissait a 20h. Ephémère grand messe venu pallier la baisse de légitimité des mass médias. Sitôt trahie une fois passée l’euphorie mistique.
L’espoir sourit à son balcon : il rencontre son voisin. Et tous s’observent, étrange foule, depuis les barreaux de leurs prisons intimes. Ils s’applaudissent les uns les autres ; crient, chantent, comme ces taulards qui tentent, dans une cohue collective de troubler l’ennui de leurs incarcérations.
Et l’état bande dure. Son érection excite tous ce que ce misérable pays compte encore d’abrutis qui pensent compenser leur propre impuissance par la puissance accrue de l’idole monstrueuse.
Dépossédés de tout, à commencer de leurs volontés de devenir adulte, les enfants du Spectacle applaudissent cette dernière mutilation.
Les voilà enfin libres de ne plus avoir honte de ne pas vouloir être libres.
Le dispositif sanitaire vient donc d’achever de nous déposséder de tout.
Le droit résumé en un simple droit de consommer. Le slogan  » travail, consomme et ferme ta gueule » scandé pendant toute la séquence gilet jaune sonne à présent comme une prophétie.
L’état de droit effeuillé de tous ses fondements tendait inexorablement vers cela. L’état d’urgence n’aura été que l’accroissement d’un processus. Ceux qui invoquent encore le droit commun se trompent d’époque : le droit commun c’est l’état d’urgence. Ou du moins celui ci à finit par être absorbé, englobé, dans les nombreux événements sociaux et politiques dont les dominants profitent. De flash-totalitaire en flash totalitaire les justifications d’accroître les pouvoirs des agents de l’ordre policier diffus entrent dans les corps avant d’atteindre les cerveaux.
Puis on s’habitue. Bête malléable et fragile si sensible au syndrome de Stockholm. On finit par croire que l’on nous torture pour notre bien. Voici venu le règne des petits chefs, des tortionnaires, des harceleurs, des sycophantes.
Sorciers dont la présence était déjà partout.
Il suffisait de rendre la règle plus dure et plus floue.
Car s’il n’y a pas de règle claire alors la terreur fait office de loi et l’arbitraire de procédure.
Il faudra un jour rappeler aux flics que dans un état de droit normal ils sont chargé de mettre des individus entre les mains de la justice. Pas de faire justice eux mêmes.
Mais il semble bien loin le temps où la bourgeoisie libérale et catholique régnant sur ce pays lisait encore Montesquieu. Lointaine semble l’époque où quelques contre modèles les obligeaient à tenir un peu leur délire de domination sans borne. Ils n’ont plus aucun besoin de nous paraître agréable. Et il nous semble peu probable qu’un Geroges Louis Bouchez comprennent quoique ce soit à la théorie de la séparation des pouvoirs.
Après tout, son parti a accepté de gouverner sans majorité au parlement.
Son parti a accepté que l’on donne des pouvoir accrus à une personne qui n’était absolument pas été élue, mais nommée. A une personne dont le boulot était auparavant de préparer le fiasco de la crise sanitaire en cours en sabrant sans gêne dans le budget et de la personnel de l’hôpital.
Son parti à accepté à de gouverner avec une opposition mise dans la majorité mais exclue tout de même de l’exécutif.
Et désormais, son parti reconduit, gouverne encore, avec la complaisance des écologistes qui étaient pourtant si dures a l’époque des marches climats.
S’il manquait un critère objectif du fascisme c’est désormais un fait que le pays est gouverné par le parti unique. Des libéraux, ça ? Vraiment ?
Au royaume de l’absurde l’incompréhensible s’est fait loi.
Pas besoin d’être un anarcho-autonome ultra jaune du  » parti du black bloc » pour constater que la conception classique de l’état de droit ne tient plus. Que la dictature autonome, non souveraine et diffuse est-là.
Sans cesse se renouvelle le même gouvernement par la rouerie et les accords d’alcôves, les petits arrangement légaux, la complaisance médiatique, la matraque et des intérêts de classe de plus en plus voraces et cruels.
A l’ère du coup d’état permanent le droit est devenu une variable d’ajustement.
Et cette cruauté, cette voracité sans coeur coute des vies. Celles des gens que l’on aime autant que de ceux que l’on pourrait aimer si le droit de nous rencontrer nous était rendu.
Prenons donc le temps de pleurer nos morts, mais n’oublions pas qu’il faudra demain les venger.
***
L’état d’urgence sanitaire dit notre défaite.
A trop nous agiter nous avons perdus jusqu’aux sens commun des choses. Notre guerre, devenue platement métaphysique s’est émancipée du territoire. Nous ne cherchons plus qu’à conquérir des concept. Vaste illusion.
La distanciation sociale, le confinement, le flicage, la peur, le meurtre et l’espoir sont les stratégies d’une lutte de territoire depuis longtemps menée par les fanatiques de l’apocalypse.
Quelques tentatives tout de même – de Liège à Bruxelles, en faveur d’Adil ou contre le couvre feu. A Arlon où la ZAD continue de pratiquer la liberté.
Mais partout l’hébétude et la fatigue. Partout le désespoir qui s’infiltrent patient et puissant.
La métropole étend et perfectionne les dispositifs qui en font un environnement total, connecté et mit en réseau par les flux d’informations commerciales ou policières et favorise la numérisation des rapports marchands.
La métropole ce n’est pas seulement le béton et les macdo. C’est aussi l’immense enfoiré qui a regardé Adil dans les yeux depuis les vitres teintés de sa bagnole banalisée; avant de tourner son guidon. De bifurquer vers l’assassinat. De violer ce que la fiction du droit avait pourtant sacré comme inviolable, le domicile et la propriété privée. De censurer la télévision d’état. D’abolir désormais formellement le droit de manifester.
Mais tous cela avait déjà été testé auparavant sur « les marges » politiques et identitaires – et comme on traite la marge, on finit par traiter tous les autres.
Quand nous disons : la métropole est partout, nous voulons surtout dire que les possibilités de la contester étaient déjà là avant la COVID 19. Qu’en vérité, les révoltes logiques étaient déjà à l’œuvre et qu’une telle urgence n’appelle qu’à les intensifier. D’où le rapprochement entre la TAZ d’Anderlecht et la ZAD d’Arlon. Car se sont là deux luttes de territoire – de territoire parce que qui y attaque ou la défend connaît le lieux et ses contours – les connaît jusqu’à l’intimité. Le souvenir des amours vécus, des ruptures amicales, des déménagements qui laissent en nous comme une petite cicatrice, des après midi pluvieuses imprègnent les rues et les bois comme tant de fantômes qui dansent avec le désir de ne pas se laisser humilier chez soi.
Nous ne nous laisserons pas berner par ceux qui disent que tout est à réinventer à présent et feignent de ne pas se rappeler que le présent était déjà perdu il y a de cela six mois.
Faire œuvre de décivilisation, c’est prendre le territoire, par tout les moyens pour y organiser dès maintenant les mondes de demain.
On nous retoquera « mais c’est une fuite !  » A cela nous ne pouvons que répondre : la fuite est dans la perpétuation du présent. Il convient de ne plus faire de différence entre destruction et construction.
Nos ennemis ne prennent pas ce temps là. Ils savent que c’est la même chose pour avoir tant expérimenté la destruction afin d’obtenir le pouvoir de construire.
Il y a des squat à ouvrir, des maison communiser, des forêts à sauver, des ZAD à conspirer. Des émeutes à rejoindre. Des communes à bâtir. Des mondes à inventer.
Des ronds points a reprendre.
Il s’agit de faire pays dans un pays
Pour enfin habiter en oiseaux.
***
Ce qui est en jeu ici c’est la possibilité d’autres rapports au temps. La crise du corona nous place résolument dans un demain-potentiel. Maintenant ne sert plus qu’à la reconstruction d’un avenir-en-sursis. Comme la révolution promet les lendemains qui chantent ou le christianisme une apocalypse où les âmes seront triés pour la fin des temps, le gouvernement promet lui aussi que la fin des mauvais jours viendra si l’on sait être discipliné. Le temps confiné est à la fois messianique et cyclique : la marchandise y tient lieu de messie – ici le vaccin, là l’hydroxichloroquine – et la cyclicité y est celle de l’éternel retour de la réclame.
Quelle longue publicité pour un simple vaccin.
De partout on parle d’après. Mais il n’y aura pas d’après. Juste la menace de durcir à nouveau les mesures. Ce que cette nouvelle forme de gouvernementalité veut c’est détruire toute présence au monde – et pour cela il lui fallut détruire tout monde autant que tout présent. A cette crise de la présence pourrait correspondre la recherche d’une présence accrue, d’une sensibilité modifiée consciemment, d’une sensibilité qui se modifie à mesure que l’on modifie les lieux que nous habitons. Les lieux qui nous habitent.
Créer des mondes c’est aussi déchirer les calendriers. Choisir ses urgences comme ses errances. Ses fêtes comme ses jours de chantier. Gagner du temps.
Gagner du temps sur l’économie en communisant ce qui peut l’être. En produisant dans le but de communiser.
Gagner du temps sur la mort-eveillée à laquelle nous promets les dispositifs qui font la métropole.
Gagner du temps sur la bétonneuse en fondant partout des communes, à l’instar des colonies socialistes parties conquérir l’Amérique, défendre les forets, les bocages, les friches, les habiter pleinement.
Se rendre autonome au point d’en devenir ingouvernables.
Créer des ailleurs au beau milieu d’ici. Mais surtout penser chaque position comme prise dans une situation. On attaque pas l’ordre propriétaire de la même manière à Molenbeek qu’à Uccle. A Arlon qu’à Liège.
A mesure que le capitalisme se remet enfin de sa phase keynésienne et du compromit social démocrate ; il revêt les habits bouffons des débuts de sa phase industrielle. Le capitalisme contemporain c’est les tacherons plus la cybernétique. Et bien entendu, en bon valet, l’état lui aussi durcit sa vieille méthode de maintient de l’ordre : l’indifférence ou la matraque.
Et chacun sait combien on est doué, dans ce misérable pays, pour nier l’évidence.
A construire ce monde sans nous ils ne nous laissent comme choix que d’en construire d’autres sans eux.
Il ne s’agit pas bien entendu de lâcher les luttes de terrains au profit d’une quelconque fuite, ni de penser qu’une éclosion de monastère révolutionnaires suffiraient à être à la hauteur de l’époque.
Nous pensons simplement que pour mener des batailles et des opérations tactiques il est besoin de lieux où se replier et se reposer.
Nous trouvons absurdes que certain.e.s. ami.e.s. aient dus renoncer au plus beaux actes gilets jaunes parce qu’ils devaient payer un loyer, et pour se faire, concéder à ce monde la majorité de leurs temps.
Résumer la puissance à la force brute revient non seulement à viriliser la question, mais aussi par l’exercice d’un certain nihilisme a fournir l’occasion de bousiller nos ami.e.s. a coût de stress post traumatiques.
Ouvrir une bibliothèque ou une librairie permets d’armer les esprits.
Communiser une maison de diminuer l’aliénation marchande. De rendre plus disponible au renversement de ce monde.
La où une ZAD ou un squat sont des attaques. Ces autres formes de la décivilisation sont une formes de la guerre considéré comme art du repos.
La COVID 19 nous dit donc qu’en cas d’épidémie, mettons, d’une maladie plus létale, les puissants nous abandonneront. Ou seront tellement incompétents que la mort deviendra une certitude. Qui vraiment, à envie d’être sous la férule de ces gens là en ce qui concerne sa santé ?
Le mouvement ouvrier, fut un temps, fondait des universités populaires, des maisons des femmes, des médecines du peuple.
Nous pensons qu’il faudra renouer avec cela si nous voulons survivre.
Recréer les lieux qui nous rendaient, à nous autres damnées, de la dignité et de la puissance.
Non plus des centres sociaux – mais des maisons du peuple.

Quelques oiseaux aux plumes goudronnées.

IDBTE4M CODE 87


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