Le confinement c’est l’exact opposé de l’amour.
Le confinement c’est quand ta maison devient ta prison et que ton imaginaire se borne à des formes rectangulaires.
Un mur, un écran, une fenêtre.
Le lit. La planche à pain.
L’espace domestique a totalement domestiqué. La répétition bat son plein même durant le sommeil les mêmes rituels de cauchemars.
Le confinement c’est quand l’espace et le temps sont si contiguës que leur intimité se mord.
C’est la limite toujours la limite à ne pas dépasser. Ne pas trop. Pas trop. La frontière de la possibilité qui s’échoue derrière ce mur. L’énergie aussi anéantie dans ce mouvement vain. Tué dans l’œuf le désir finit par fuir.
Le confinement c’est l’exact opposé de l’amour.
Pour tomber amoureux il faut sortir de chez soi. Pour aller vers l’autre.
Quand on tombe amoureux, parfois même cela précipite une petite perte de soi, une petite perte. Acculé par ce désir impétueux de curiosité de connaître et de fusionner le corps
et l’esprit.
Quand on est amoureux il y a des mouvements contradictoires tout le temps. Des grands écarts à faire entre soi et l’autre.
Quand on est amoureux on est plus jamais seul. On fait de la place à l’intérieur de soi pour un autre qui nous ressemble.
Quand on est amoureux les murs sont placardés de projections. Des projections de nos désirs. On peut vivre dans l’illusion de notre petite cabane tapissée de fantasmes.
À un tel point que peut-être on ne voit plus l’autre
mais que son
désir de l’autre.
Et c’est là que ça craque, crac.
Je me demande à quoi aurait ressemblé mon confinement si cet enfoiré ne m’avait pas laissée tomber. Cet enfoiré que j’ai nommé le FANTÔME SANS COEUR qui s’est enfoui tel un voleur dès que mon ombre s’est élevée sur le mur sombre.
Je vois sa petite tête de bourreau se balancer devant moi et je me dis que merde il occupe toujours mes pensées cet enfoiré qui m’a brisé le cœur. Comme une petite porcelaine de Chine il a serré et ça s’est brisé.
Et alors que j’inscris ceci en lettres capitales et que quelque part je lui donne corps (et raison?). Je me demande pourquoi je pense à lui (mais bon y a sa tête qui se balance devant moi comme un gros punchingball) lui qui devrait être à présent insignifiant.
Je l’aurai bien gardé avec moi entre ces quatre murs en faisant bien attention de ne pas laisser les mots fuir dans l’imaginaire et le retenir ici le figer ici dans la prison de ce moment suspendu de cette nuit-là où il a déversé son crachat sur moi son crachat d’homme qui pisse par la bouche au lieu de faire parler l’amour qui ne sais pas comment aimer comment quitter.
Le temps se contracte autour de la souffrance comme un coup de poing il reste accroché à des mots prononcés des lèvres qui se crispent des mots comme des couteaux qui coupent cisaillent sans déchirer.
La douleur vive ne possède pas de passé
Elle est là saillante muette confinée.
Fallait pas me dire que tu voulais être amoureux
Ça n’est pas vrai
car quand on veut tomber amoureux on doit sortir de chez soi
sortir sa tête
des murs
de sa petite prison.

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Une photographie de Sacha.

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