Peu importe l’enjeu, même au coeur des pires périodes, le totem de la pensée positive et de la superstition bourgeoise écrase toute forme d’action ou de débat.

La pensée dominante s’emploie à créer des infirmes en série, des êtres dénués d’émotions agissantes, au nom d’un relativisme béat, d’une vocation à n’avoir d’emprise sur rien. Rien si ce n’est dans le domaine du corps voué désormais aux gémonies, au détriment de la critique et de l’être intérieur. En effet, la critique, aujourd’hui vilipendée comme étant l’apanage des violents et des négatifs, se retrouve être renvoyée dans la sphère de l’agitation. Rien d’autre n’a à s’entretenir si ce n’est l’enveloppe charnelle, comme si l’esprit n’était pas un muscle. Courez petits soldats ! Allez toujours plus en avant dans l’élaboration d’un corps avant d’entamer une quelconque confrontation intérieure, qu’on n’a finalement jamais le temps de débuter. Ne pas avoir de maîtrise sur le flux continu des pensées qui nous assaillent serait une preuve évidente de faiblesse, voir de culpabilité aux yeux du tribunal des illusions mortes. Les nouvelles bigoteries font de l’être envahi d’objection et de contre-vérité un être à écarter du corps totalitaire de la religion du vide intérieur. Religion dont le ministère n’est autre que l’ordre marchand ne supportant pas les remous et les fracas : le business a besoin de sérénité pour s’épanouir. Quoi de moins étonnant que de voir la nouvelle bourgeoisie s’emparer de ces nouvelles considérations sur la façon de ne pas exister. En effet, rien d’étonnant de la part d’une classe qui s’est employée au cours des siècles à écarter, combattre, toute forme de dérivatif un tant soit peu disruptif, qu’il soit d’essence aristocratique ou populaire d’ailleurs. La bourgeoisie, qu’elle soit de gauche ou non, loue désormais le concept asiatique d’harmonie comme dispositif de contrôle des sociétés humaines. Je dis bien de « gauche ou non », car semble-t-il, désormais ce qui oeuvre au retour des moyens d’exercer son libre-arbitre ne serait rien d’autre que la marque de, je cite, « l’égocentrisme capitaliste occidental » ou pire du « fascisme à venir »… Imbécile absurdité téméraire qui est là revendiquée sans gêne ni honte. Ainsi, la triste métropole suicidaire d’extrême-orient est devenue l’exemple type du progrès si cher à la bourgeoisie. Que n’avons-nous pas entendu depuis le début de la pandémie sur l’indiscipline crasse des Occidentaux ? Comme s’il s’agissait d’une course à la performance géopolitique, on nous enjoint de regarder ce qu’il se passe en Asie. D’y admirer le dévouement civique qui permet le retour à ce que les véritables sophistes, les bonimenteurs, nomment, comme une injure à la notion : liberté. En être réduit à demeurer dans une forme de méditation bouddhiste permanente, m’apparaît être d’un non-sens existentiel. Renoncer c’est ne pas vouloir, ne pas vouloir c’est abdiquer. C’est n’être qu’un bovidé contemplant les choses qui vont et viennent depuis sa paisible et assommante prairie égale en toute chose.

Tout se vaut, tout est analogue et donc indiscernable puisqu’on se refuse à prendre parti. Contre l’hypocrisie du « pouvoir de l’amour » qui érige des ennemis et des damnés par un « amour » décidément bien violent lorsqu’il s’agit de tuer la transcendance. L’être dit positif prétend aimer, mais il aime comme un mari violent. Il bat tout ce qui s’emploie à faire de la vie la dernière aventure possible. Car ce qu’on nomme par erreur l’amour, s’épanouit dans le contrôle égocentrique et dans le consensus nuisible à l’échelle de l’individu et la société. L’amour est trop souvent un mensonge quand la haine, la colère, le désaccord, se logent dans le coeur de la vérité vraie, de la vérité vécue et non dans une métaphysique caduque et cynique. De tous les nihilismes coupables de tuer et d’assécher l’humain, l’amour est le pire.

La post-modernité a bien assez duré ! Corolaire de la « fin de l’histoire », indissociable alliée des charognards de l’existence, il est temps de revenir à la présence pour ne pas être définitivement dépossédé du moment et de la situation. Ce qui est en cours dans la dystopie actuelle c’est le dépouillement, l’exorcisme, du geste et de la parole. J’en veux pour preuve la lente et inexorable agonie du vocabulaire au profit et pour l’avènement du fameux consensus d’inspiration totalitaire mentionné ci-dessus. Lui seul capable de formuler des concepts et des pensées, le vocabulaire se meurt au pied du conformisme des onomatopées et de la positivité qui claque comme un fouet dans la bouche dominante des sachants. Le management de l’odieux concept d’harmonie s’emploie, avec patience et abnégation, à faire de vous des salariés de la pensée positive et du relativisme criminel. Flanqué de ses inquisiteurs et de « militants anti-réel », le management de l’harmonie refaçonne la morale, il lui dresse de nouveaux lauriers. C’est désormais une morale autonome, puisque émancipée de l’idée de Dieu, qui s’emploie à recréer un nouvel ordre sur base, ne nous y trompons pas, de l’ordre ancien. Au diable, sans mauvais jeu de mot, les « bons » et les « mauvais », loué soit les ambivalents car ils ne connaissent pas la honte castratrice. Ils ne doivent pas en ressentir le moindre effet ! Pourvu qu’ils poursuivent l’oeuvre critique de la vie.

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