Il est presque demain,

Demain je ne prends pas le train.

Il est encore aujourd’hui,
Mais le lit s’est à nouveau enfui.
Il n’est pas encore hier,
Mon cœur chaud est parcouru
D’un froid d’hiver.
Nous sommes en plein été,
Les fenêtres n’ont plus d’utilité.
Jetons-les par-dessus bord,
Ainsi que les bars des ports;
Et tous les bars des villes,
Envoyons-les valser par les cadrans sans fenêtre!
Il est tard dans la nuit,
Contre l’averse intestinale
Je n’ai aucun parapluie,
Contre le bonheur et la vie,
J’inhale tout ce qui passe et
Tout ce qui nuit.
La fascination est évanescence….
Aujourd’hui vient de trépasser,
Avec lui, mes sens s’en sont allés.
Le cadran du passé sourit,
Son coucou est de sortie,
La pendule et l’oiseau se moquent
De ma nostalgie.
Il est presque après-demain,
Le nain de l’horloge s’endort déjà,
Le lit réapparu n’est pas le mien
Et la bise dans mon cou me regrette
Les vitraux que j’ai brisés.
Il est trois heures dans la matinée,
Je suis le centre de cette pièce
Et je sens bien qu’aucun des murs ne veut de moi.
C’est pour cela que je me suis placé au plus loin de chacun d’entre eux.
Pour ne pas faire de jaloux,
Tel un clou,
Me voilà à équidistance de ces quatre fous.
J’entends des rats dans le sol,
Non, c’est le plancher qui chuchote des sanglots,
Le plafond rigole dans son dos.
C’est vrai, je ne suis pas le noyau.
Pour cela je dois m’élever,
Mais il est bien trop tard dans l’espoir
Qui est mort lorsque minuit a trépassé.

Il est presque demain,

Il est encore aujourd’hui,

Il n’est pas encore hier,

Nous sommes en plein été,

Il est tard dans la nuit,

Aujourd’hui vient de trépasser,

Avec lui mes sens aussi.

Demain se blottit,

Il n’est pas encore après-demain,

Il ne le sera jamais,

Il est trois heures du matin,

Et je regrette.