Agenda.

Matin : test covid.
Soir : travailler.

Échange téléphonique avec un proche après le test.

Travailler ? Pardon ?
Bah ouais, je dois bien bouffer et payer le loyer.

Contexte.

Je suis étudiant.
C’est ma quatrième année à l’université. J’ai toujours travaillé depuis que je suis à l’unif. D’abord, pendant trois ans dans une grande enseigne de supermarché.

Comment je fais pour conjuguer travail et université ? Je rate, je double, je m’accroche.
C’est facile ? Un burn-out il y a deux ans.

Depuis cette année, je ne travaille plus dans cette enseigne.
La raison ? Certificat médical suite à un accident de travail ; ils ont refait l’horaire sans moi, car le magasin doit bien tourner.

Solution ? La prostitution ? Non, cumuler deux jobs. Ah bah non en fait. Le soir même de mon jour d’essai dans un bar, j’apprends que les bars fermeront. Après quelques secondes d’indignation causée par mon alcoolisme, je me rends compte que je viens de perdre un job.

Ce ne sera que de la livraison de malbouffe à vélo.

Seulement voilà, une chute, un CRAC, une entorse à la cheville. Pas pratique à vélo, tu me diras. Je confirme que ce n’est pas faisable. J’ai essayé. Certificat médical de trois semaines. Ce petit trou de salaire de trois semaines, il m’en a procuré des insomnies.

Comment faire ? Demander de la tune à un pote ? Non, j’ai déjà 500€ de dettes.

Un onglet s’ouvre : sugardaddy(.)fr. Après tout, pour un mec c’est moins risqué. Et puis se faire payer pour accompagner un vieux au resto et lui tailler une pipe en guise de remerciement ce n’est pas la mort non plus, hein ?

Je ne sais pas,
J’hésite encore.
Le compte est créé en tout cas.

Sinon, on s’arrange, on vend ses livres, ses vêtements. On accepte deux trois bricoles « sans risque » pour mettre du beurre dans les épinards, de la bière dans le gosier, une clope dans sa gueule et avoir un toit.

Après ces trois semaines de survie, je sors la tête de l’eau. Et soudainement, une seconde vague au-dessus de la tête ; symptômes covid, proches positifs. Je vais me faire tester, quarantaine d’une semaine minimum.

Sauf que la vie n’est pas gratuite. Ce soir après avoir fait mon test, j’irai travailler avec trois Dafalgans dans la gueule.

J’ai de nouveau raté mon cours en ligne.

Merde.